C’est drôle, tu sais. Deux petits mots, presque chantés, répétés des dizaines de fois par les guides du Kilimandjaro… et pourtant, on ne les comprend vraiment qu’en haut, quand l’air se fait rare et que l’ego commence à manquer d’oxygène.
Comme les 40’000 touristes annuels, je les ai entendus encore et encore avant d’atteindre le toit de l’Afrique, et de poser, fier et joyeux, devant ce panneau mythique. Mais derrière cette simple intonation se cache une sagesse ancienne, presque universelle :
« Qui va lentement, va sainement, va loin. »
Et aussi : « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. »
Sur cette montagne, j’ai compris le mot ensemble d’une façon que ni les livres ni les conférences ne m’avaient enseignée. Une leçon d’humilité… une vraie.
Nous étions bien équipés. Vêtements techniques, nourriture énergétique, sacs performants.
Eux… ils étaient dix-huit porteurs tanzaniens.
Ils montaient et descendaient deux fois plus vite que nous.
Avec trois fois plus de poids sur le dos.
Des chaussures usées.
Des habits de seconde main en coton, trempés de sueur.
Peu d’eau dans leurs simples gourdes.
Des sacs de couchage fins.
Pas d’habits de pluie.
Et pourtant… ils souriaient. Ils chantaient. Ils s’entraidaient.
Ils remerciaient pour le travail qui leur permettrait d’offrir à leur famille un repas de riz et de viande — au lieu de la polenta quotidienne. D’acheter des vêtements ou du matériel scolaire pour leurs enfants. Puis de repartir, accompagner un autre touriste dans sa quête d’exploit personnel.
J’ai gravis cette montagne pour un partage avec mes enfants et un défi intérieur.
Eux gravissaient cette montagne pour nourrir la vie.
En observant leur engagement, leur dignité, leur solidarité — malgré l’histoire, malgré les cicatrices invisibles laissées par la colonisation — j’ai senti quelque chose basculer en moi. Les empires tombent. Les cycles se transforment. Le monde se redessine toujours là où l’on ne regarde pas encore.
Peut-être que les futurs meneurs de ce monde sont déjà à l’œuvre, silencieux, patients, “pole pole”.
Merci à ces hommes et femmes de cœur qui ont soutenu notre magnifique aventure familiale.
Nous sommes montés en altitude… mais surtout en conscience.
Nous nous sommes rencontrés d’âme à âme.
Et,ma famille s’est agrandie.
Dis-moi…
Et si la vraie ascension n’était pas celle de la montagne, mais celle de notre regard sur ceux qui marchent à nos côtés et qui remplissent ces « petites » tâches qui nous permettent d’atteindre nos objectifs ?
share