C’est étrange.

Le mot démission est souvent associé à la faiblesse. À la fuite. À l’abandon. Comme si quitter un rôle était forcément un aveu d’échec.

Et si c’était parfois exactement le contraire ?

Et si démissionner était un acte de courage ?

Voire un acte d’amour.

Ce matin, j’ai envie de démissionner.

Je démissionne de mon rôle de père.

Bien sûr, j’aime profondément mes enfants. Peut-être même trop, dans la forme que cet amour a parfois prise. À force de vouloir leur bien, je réalise que je n’écoute plus vraiment ce qu’ils vivent. Mon désir de les protéger, de les guider, de les aider colore mon écoute. Je n’entends plus seulement ce qu’ils sont. J’entends aussi ce que j’aimerais qu’ils deviennent.

Sans le vouloir, je perturbe la rencontre.

Alors je démissionne.

Non pas de mon amour.

Mais de mon besoin d’être celui qui sait.

Pendant près de soixante ans, j’ai aussi essayé d’être le médiateur de ma famille. En tant que frère. En tant que fils. À chaque réunion familiale, je me retrouve naturellement à écouter chacun, à tenter de créer des ponts, à faire résonner les vérités des uns avec celles des autres, dans l’espoir que les relations deviennent plus paisibles.

Cette mission m’a donné un sentiment d’utilité.

Mais aujourd’hui…

Je démissionne.

Professionnellement aussi, je reconnais une mécanique semblable.

Depuis des années, j’écoute, j’accompagne, je questionne. Officiellement, je coache. Officieusement, j’essaie parfois d’amener mes clients vers ce que je crois être le bonheur, la liberté, la sérénité, le sens ou l’amour.

Quelle étrange contradiction.

Je parle souvent de liberté… tout en voulant parfois orienter celle des autres.

Là aussi…

Je démissionne.

Ces démissions me font peur.

Parce qu’elles ne sont pas seulement des changements d’activité.

Elles sont un détachement.

Elles touchent mon identité.

Qui suis-je si je ne suis plus celui qui aide ?

Qui suis-je si je ne suis plus celui qui répare ?

Qui suis-je si je ne suis plus celui qui rapproche les êtres ?

Les Amérindiens disent qu’avant d’ouvrir une nouvelle porte, il faut fermer correctement la précédente.

Je crois que c’est exactement l’endroit où je me trouve.

Devant plusieurs portes que je n’ose pas encore fermer.

Parce que derrière elles vivent soixante années de reconnaissance, d’habitudes, d’identité sociale, de compliments, de gratitude et de certitudes.

Les fermer, c’est accepter de ne plus savoir qui je serai demain.

Et cela me fait peur.

Pourtant, une autre intuition grandit en moi.

Peut-être que le véritable amour ne consiste pas à porter les autres.

Peut-être consiste-t-il à leur faire suffisamment confiance pour qu’ils portent eux-mêmes leur propre vie.

Peut-être que le plus beau cadeau que je puisse offrir à mes enfants, à ma famille, à mes clients, n’est plus une réponse.

Mais une présence.

Une présence libre de toute intention.

Dans l’approche PODnow®, nous parlons souvent de ce dernier pas : ne rien attendre en retour. Après la Pause, l’Observation, la Décision, le respect de Soi et le respect de la Relation, vient ce détachement. Non pas l’indifférence, mais une qualité de présence qui cesse de vouloir contrôler le résultat. C’est peut-être là que la conscience s’ouvre véritablement : lorsque nous passons du besoin de réparer à la joie de simplement rencontrer.

Alors oui.

J’ai peur.

Je ne sais pas encore qui je serai lorsque ces rôles tomberont.

Je ne sais pas si j’aurai le courage d’aller jusqu’au bout.

Mais une chose est certaine.

Ce matin…

Je démissionne.

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I’m Marc-Antoine Tschopp, and I’d love to connect.

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