Au Japon, une question me poursuit : qu’est-ce qui peut donner à un jeune l’envie de se mettre en route ?

Un de mes meilleurs amis m’a souvent dit : « J’ai besoin d’un projet pour être motivé à vivre. »

Cette phrase m’accompagne ici. Je marche dans des rues où l’ancien et le moderne se côtoient : des temples, des jardins, des gestes transmis depuis longtemps, et, à quelques mètres, des écrans, des trains à grande vitesse, des villes qui semblent ne jamais s’arrêter.

Ce contraste me ramène à une question : quel projet avons-nous à proposer à nos employés, à la jeunesse ?

Nous vivons dans un monde qui promet beaucoup. Acheter plus vite, communiquer partout, accéder à presque toute la connaissance, entrer dans des univers virtuels où l’on peut recommencer une partie, changer de personnage, réussir une mission en quelques heures. La technologie ouvre des possibilités extraordinaires. Mais elle peut aussi nous faire oublier une question essentielle : qu’est-ce que je construis, dans ma vie réelle, avec d’autres ?

Notre quotidien devient également plus traçable. Caméras, paiements dématérialisés, cartes, téléphones : tout semble plus fluide, plus simple, parfois plus contrôlable. Même l’argent devient invisible. Il suffit d’approcher une carte ou un téléphone. Et lorsque tout devient instantané, le risque est de confondre l’accès à tout avec la réalisation de quelque chose.

Or, nous n’avons pas seulement besoin de divertissement, de confort ou d’un prochain achat. Nous avons besoin de sentir que notre présence compte. D’avoir un défi qui nous appelle, une responsabilité à prendre, un effort dont nous pouvons voir le résultat. Nous avons besoin, comme me le disait mon ami, d’un projet.

Au Japon, j’observe une culture où l’histoire, les épreuves et la reconstruction restent très présentes. Hors des grandes villes, un jardin ou quelques plantes rappellent que la nature n’est pas seulement un décor à photographier : elle est aussi quelque chose dont on prend soin. L’ancienneté de la population m’interpelle… Beaucoup sont encore actifs après 80 ans. J’ai croisé très peu d’obèses et fus surpris de trouver tant de quatrième âge sur les chemins raides de mes randonnées alpestres.

Je ne veux pas transformer cette observation en carte postale. Le Japon n’est pas un modèle parfait. Les salaires y ont longtemps stagné, et le salaire minimum reste relativement bas. Cela ne prouve pas qu’un revenu modeste rend heureux. Cela nous rappelle plutôt qu’une société ne se résume pas au niveau de consommation de ses habitants.

Dans cette réflexion, les conseils de Catherine Austin Fitts m’interpellent. Je ne cherche pas à défendre  son diagnostic sur la société, mais trouve ses recommandations intéressantes car je les retrouve dans mon quotidien japonais.

Concrètement, elle encourage à :

  • utiliser du cash et c’est ce que je rencontre constamment ici ;
  • soutenir les industries locales. Ici chacun est fier du riz, du saké  et des aliments produit dans sa région;
  • s’accorder une détox numérique. Au restaurant et dans la rue, les gens des campagnes s’arrêtent, se parlent, roulent à 30-40 km/h et rigolent souvent.
  • développer sa résilience personnelle par la foi, l’intégrité, la propreté, le respect d’autrui et l’optimisme. Ce sont les qualités humaines qui m’ont particulièrement touché ici et que je retrouve dans ma Suisse natale.

Alors, faut-il choisir entre la dernière Tesla capable de sauter pour éviter un accident, investir dans data-centers et se tourner vers un monde toujours plus artificiel et supermatériel… ou revenir à une vie simple, proche de la terre, des animaux et des autres êtres humains ?

Je crois que cette opposition est trop facile. La technologie n’est pas l’ennemie de la conscience. Elle peut nous aider à soigner, apprendre, créer et résoudre des problèmes majeurs. Mais elle ne peut pas décider à notre place de ce qui mérite notre énergie. Elle peut accélérer le trajet ; elle ne choisit pas la destination.

Un projet porteur ne consiste donc pas à demander de rejeter le monde moderne. Il consiste de s’en servir pour créer quelque chose qui compte : restaurer un espace naturel, faire vivre un lieu de rencontre entre générations, transmettre une compétence, inventer une entreprise utile, prendre soin d’un quartier, créer de la beauté, protéger le vivant.

Un projet qui relie trois dimensions : m’améliorer, contribuer à quelque chose de plus grand que moi, et rencontrer d’autres personnes en chemin.

On ne donnera pas envie à autrui en leur faisant la morale sur les écrans, l’argent ou la consommation. On leur donnera envie en leur confiant une vraie place, une mission qui exige quelque chose d’eux et dont ils peuvent être fiers. Pas seulement un slogan inspirant sur un mur. Un projet concret, avec des étapes, des obstacles, des compagnons de route et un résultat que l’on peut toucher.

Peut-être que la vraie question n’est pas : « Comment convaincre mes proches de choisir une vie plus consciente ? »

Peut-être est-elle plutôt : quel projet assez vivant, utile et audacieux sommes-nous prêts à construire avec eux ?

Et toi, quel projet pourrais-tu proposer à un jeune pour lui donner envie de se mettre en route ?

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