UN DIALOGUE ENTRE DEUX RESCAPÉS DU CANCER
RUTH
Je vais être directe.
J’ai survécu à un cancer du sein. Grâce à la médecine.
Pas à la foi. Pas à l’énergie du cosmos.
Mais aux molécules, aux essais cliniques, aux protocoles.
Et à un bon oncologue.
MAT
Et à ton courage, peut-être ?
À ton instinct de vie ?
À cette étincelle qui t’a fait dire : “Je vais traverser ça.”
RUTH
C’est beau à dire. Mais je suis pharmacologue.
Je sais ce qui m’a soignée.
Et je sais aussi ce qui n’a pas été prouvé.
J’ai essayé des méthodes parallèles – vitamine C, ozone, cryothérapie – par curiosité.
Mais rien de cela n’est fiable. On ne sait pas ce qui aide.
MAT
Moi si.
Je ne le sais pas avec des graphiques.
Je le sais parce que moi aussi, j’ai eu un cancer.
RUTH
Toi ?… Tu n’as jamais dit ça.
MAT
Ce n’est pas ce que je raconte d’abord.
Mais oui. Moi aussi, j’ai traversé le gouffre.
Pas le même protocole, pas la même tumeur.
Mais les mêmes peurs.
Le même vide quand on attend un résultat.
Le même cri intérieur : “Est-ce que je vais vivre ?”
RUTH
Et tu t’es soigné comment ?
MAT
J’ai suivi la médecine.
Pas à la lettre. Pas aveuglément.
Mais avec discernement.
Et j’ai ajouté ce que mon corps réclamait en silence :
le souffle, la lumière, la méditation, le jeûne…
la réconciliation avec des émotions enterrées.
Je ne crois pas que cela guérit à la place de la médecine.
Mais je crois que cela complète, soutient, aime.
RUTH
Tu dis “réconciliation”…
Tu crois qu’on peut tomber malade à cause de ce qu’on n’exprime pas ?
MAT
Je crois qu’un corps tendu par des années de colère, de non-dits, de stress…
peut se fatiguer.
Et qu’un être aimé, écouté, aligné… peut retrouver sa vitalité.
C’est ce que j’ai vécu. Pas ce que j’impose.
RUTH
Et si quelqu’un choisit ta voie…
et qu’il en meurt ?
MAT
Alors il faut d’abord choisir en conscience.
Pas dans la peur. Pas dans le rejet de la science.
Mais dans un espace intérieur où l’on peut dire :
“Ce choix m’appartient. Je l’assume. Il me ressemble.”
Ce que j’enseigne, c’est Pause, Observe, Decide.
Pas “crois-moi”.
Pas “suis-moi”.
Juste : écoute-toi profondément.
RUTH
Tu sais…
Certains jours, pendant la chimio…
je fermais les yeux, et je demandais à mes cellules de tenir.
Je n’osais pas l’appeler prière. Mais c’en était une, je crois.
MAT
Alors tu vois…
Tu n’étais pas seulement une pharmacologue.
Tu étais aussi une femme qui parlait à son corps.
Et peut-être que lui aussi t’a entendue.
RUTH
Deux survivants.
Deux chemins.
Mais la même peur au départ. Et peut-être… la même lumière à l’arrivée.
MAT
Exactement.
Et si on enseignait aux autres qu’on peut marcher ensemble ?
La science dans une main… et la conscience dans l’autre ?
Et toi qui marchent entre deux mondes – que ton courage devienne une lumière pour les autres.