Mon cher toi,
Ma chère âme,
Et vous, ceux que j’aime…
Cette lettre, je l’ai d’abord écrite pour l’homme que je croise dans le miroir. Celui que j’ai longtemps cherché à réparer, à améliorer, à justifier. Aujourd’hui, je ne veux plus qu’il attende. Ni qu’il se cache. Ni qu’il se coupe en morceaux pour mériter l’amour.
Je la partage avec toi, non pour te convaincre, mais pour t’honorer. Si elle te touche, tant mieux. Si elle te dérange, peut-être encore mieux. C’est qu’elle fait vibrer quelque chose de vivant.
J’ai quitté le monde pour un instant. Une retraite. Un souffle. Là, entre les arbres et les anges, j’ai entendu :
“Regarde-toi avec les yeux de ceux qui t’aiment.”
Alors j’ai demandé. À mes compagnons de route.
Ils ont vu en moi la sagesse, non pas celle des livres, mais celle du silence.
Ils ont vu la liberté. La bonté. Une lumière douce, pas une étoile filante.
Ils m’ont dit : “Ouvre tes ailes. Il est temps.”
Et ce matin dans la forêt, après une montée un peu folle, la voix est revenue :
“Sois heureux. Sois épanoui. Sois l’amour. Sois la vérité.”
Pas une injonction. Une invitation. Comme un parfum oublié qui revient.
Mais juste au moment où je dis à la Vie que je suis prêt, elle me répond, malicieuse, avec une scène de théâtre.
Deux chemins. Un large, l’autre escarpé. Et un homme qui descend, haletant, du plus raide.
“Vous savez, le chemin de droite est plus doux...” lui dis-je.
Il me regarde, en sueur :
“Je sais. Mais je n’ai pas le temps.”
Ah… n’est-ce pas étrange, ça ? En vacances, il n’a pas le temps de prendre soin de lui. De ses genoux. De sa joie. Il court. Mais vers quoi ? Certainement pas vers lui-même…
Et puis, il y a Patricia.
Ma femme.
Elle m’attend pour manger.
Et là… la vieille mécanique se réveille.
Est-ce que je dois courir, moi aussi ?
Revenir. M’interrompre. Me trahir pour éviter sa colère ?
Ou est-ce que je peux… rester ?
Écouter les oiseaux. Le silence. Le moi qui se rassemble doucement.
Ce dilemme paraît simple. Et pourtant, mes sous-personnalités s’agitent comme des marionnettes bien dressées.
- L’Émotionnel panique : “Elle ne va pas aimer ça.”
- Le Sauveur arrive : “C’est pas grave, tu feras ta pause une autre fois.”
- L’Enfant blessé murmure : “Tu vas encore être rejeté…”
- Et le Petit Chef gronde : “De toute façon, elle est jamais contente, continue ta marche !”
Et me voilà, en plein manège. Prisonnier d’une pièce que je joue depuis trop longtemps. Jusqu’à ce que… la Vie glisse un autre clin d’œil.
B m’appelle. Cet homme, que je connais. Égocentrique. Menteur. Manipulateur. Il a tout brûlé autour de lui.
Je regarde le téléphone. Et je… ne réponds pas.
Et là, je me sens… libre.
Je souris. Je respire. Je me sens guidé.
Je me reconnecte à Mon Moi. Avec un grand M.
Celui qui accueille sans juger. Qui n’a pas besoin de gagner. Ni d’avoir raison.
Ce Moi qui ne dirige pas l’orchestre par la force, mais par la Présence.
Je dis merci.
Je continue ma marche.
Le cœur ouvert. Les yeux mouillés. Le pas plus souple.
Les masques tombent, doucement, comme une vieille armure rouillée.
Et mes ailes… mes ailes se déploient.
Alors toi… oui, toi.
Est-ce qu’il y a quelqu’un que tu attends encore pour être toi-même ?
Est-ce qu’un masque te protège… ou t’emprisonne ?
Et si aujourd’hui, tu cessais d’attendre ?
Juste pour voir ce que ça fait… de voler.